Lettre à la maman que tu veux devenir

On devrait tous prendre le temps d’écrire à l’ado ou au jeune adulte que nous avons été. Moi j’ai choisi d’écrire à la future maman que je voulais être il y a quelques années.

Je sais qu’en publiant cette lettre, je risque de choquer certain(e)s d’entre vous et plus particulièrement les « non-mamans ». Je présente, par avance, mes excuses à toutes celles qui ne peuvent pas ou n’ont pas pu avoir d’enfant, je risque de vous paraître très ingrate. Je suis consciente d’avoir de la chance, consciente que certaines donneraient tout pour vivre ce que je vis mais ce n’est pas si simple. Émotionnellement parlant, à l’heure d’aujourd’hui, je suis incapable d’apprécier cette « chance » à sa juste valeur, …

« Marine;

Depuis quelques temps déjà, tu te demandes s’il n’est pas temps de devenir maman. Après tout, tu as eu un mariage de rêve avec l’homme de ta vie, vous filez le parfait amour, vous avez voyagé plus que la majorité des gens ne voyageront jamais dans toute leur vie, vous avez une situation financière stable, etc. Et puis il a envie de devenir père depuis si longtemps… Bref, même si tu n’es pas certaine d’être tout à fait prête ni même d’en avoir vraiment envie, tu penses qu’il est temps.

GRAVE ERREUR !

Avoir des enfants sera la pire galère dans laquelle tu ne te seras jamais embarquée !

Sois bien consciente qu’en devenant mère tu en prendras pour perpét sans aucune échappatoire possible (et pourtant, crois-moi, tu n’auras envie que d’une chose : te barrer le plus loin possible du merdier dans lequel tu t’es fourrée) ! Rassure-toi, tu ne le feras pas. Par amour, certes, mais surtout par « conscience parentale » (et puis aussi un peu par pitié pour leur père qui se retrouverait à les élever seul). Tu crois que j’exagère ? Laisse-moi te donner un petit aperçu de ce que sera ta vie de maman.

Maman : la mission de toute une vie
Lettre à moi même

La parentalité : une guerre sans armistice possible

La moindre petite demande de coopération de ta part se transformera, sans crier gare, en véritable lutte de pouvoir. Tu demanderas à ta fille de mettre ses chaussures, elle se mettra à gueuler parce qu’elle n’arrivera pas à les mettre seule. Alors tu tenteras de l’aider à les mettre mais elle gueulera deux fois plus fort parce qu’elle voudra les mettre seule. Par la force des choses, tu deviendras vite experte en négociations, stratégies de diversion et chantages en tous genres. Tu penses valoir mieux que ça ? Laisse-moi te dire qu’en devenant mère, non seulement tu renonceras à tes principes, à tes convictions et à tes valeurs mais tu finiras carrément par les oublier au profit… de ta survie tout simplement !

Et si ce n’était que ça…

Tes enfants vont te priver de tout ce qui fait actuellement ton bonheur

Tu aimes le calme et la solitude ? Oublie ! Tu ne seras plus jamais seule… jamais ! Ils te suivront en hurlant jusque dans les chiottes et si tu as le malheur de t’y enfermer ils crieront encore plus fort en tambourinant de toutes leurs forces sur la porte. Tu aimes prendre soin de toi ? Oublie ! Ils te ne laisseront jamais plus d’1 minute 30 tranquille. Ne serait-ce que pour prendre ta douche tu te verras contrainte de les « enfermer » dans le seul endroit de la maison dont ils ne peuvent pas sortir seuls : la baignoire ! Tu aimes lire, écrire, faire du shopping, regarder des séries, des films, voyager ? Oublie ! Oublie tout ! Oublie-toi !

Devenir maman : pas si facile
Etre une bonne mère : le challenge d’une vie

Et si ce n’était que ça…

Ils vont te priver de tes besoins les plus primaires

Prendre le temps de manger, aller aux toilettes quand tu en as envie et surtout dormir : tout ça deviendra un luxe ! Tu prends plaisir à manger ? Crois-moi, lorsque tu seras contrainte d’engloutir un plat unique (qui plus est un plat préparé la plupart du temps) en 10 x 1 minute 30 parce qu’entre-temps ton fils a décidé de se faire un shampoing de bouffe ou parce que ta fille ne veut pas du yaourt qu’elle vient pourtant elle-même de choisir dans le frigo, tu ne te nourriras plus que pour survivre ! Tu penses au moins pouvoir aller ch*** quand tu en as envie ? Détrompe-toi ! Il faudra apprendre à te retenir et à t’organiser un minimum en amont pour qu’ils soient suffisamment occupés tous les deux pour te laisser tranquille plus d’1 minute 30 ! Quant au sommeil… je n’ose même pas t’en parler. Tu vois l’heure à laquelle tu te lèves pour passer avant les bouchons lorsque tu pars en vacances ? Et bien ce sera l’heure à laquelle ton fils te réveillera tous les jours après s’être réveillé 4/5 x par nuit et ta fille minimum 2/3 x … quand tout va bien évidemment !

Et si ce n’était que ça…

Parfois tu seras tellement épuisée que tu auras juste envie de mourir pour que ça s’arrête

Oui parce que je ne t’ai pas encore parlé des pleurs, des vrais pleurs destinés à te rendre dingue ! Oui parce qu’un enfant qui pleure c’est une chose mais TON enfant qui pleure alors que tu n’as pas pu terminer un seul cycle de sommeil depuis des jours, tu verras, c’est autre chose. Ça te prendra tellement aux tripes que tu deviendras obsédée par le fait de le/la faire taire. Dans ces moments là, tu te verras flirter avec la folie : penser à des choses atroces auxquelles jamais tu n’aurais cru pouvoir penser un jour ! Rassure-toi, tu ne feras rien mais ça n’empêchera pas la culpabilité de te ronger des jours durant.

Maman : la mission de toute une vie
Lettre à moi même

Malgré tout ça, tu seras une bonne mère ! Tu seras une bonne mère parce que tu aimeras tes enfants plus que toi-même mais devenir mère sera, à la fois, la meilleure et la pire chose qui te soit arrivée de toute ta vie. Surtout ne fais pas l’erreur de croire qu’avoir des enfants rend plus heureux ! Être une bonne mère c’est sacrifier son bonheur pour celui de ses enfants. Si tu n’es pas prête à ça, je t’en supplie, attends de l’être… Si tu ne le fais pas, crois-moi, tu le regretteras !»

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11 commentaires sur “Lettre à la maman que tu veux devenir

  1. Merveilleuse Marine !!! Je me reconnais bien à travers tes écrits…. Ce qui ne nous empêche pas d’être de très bonnes maman même si tout cela nous fait douter plus souvent qu’on voudrait…. Ne change rien et continue à nous faire sentir moins seules avec tes mots toujours très justes !!! Et tant pis si ca en choque quelques unes.

  2. Ton article n’a rien de choquant tu poses juste tes mots/maux par écrit et ces maux/mots là toute maman les ressent. Je suis maman je voulais l’être je suis heureuse de l’être mais y’a des jours où je me dis que j’aurais du attendre encore j’aime mon fils plus que tout mais quand il pleure sans raison apparente enfin plutôt quand je ne sais pas pourquoi et à 6 mois difficile de toujours savoir pourquoi il pleure j’ai juste envie de me taper la tête contre les murs ou crier plus fort que lui. Comme toi j’avais des principes et aujourd’hui je suis maman et si mon fils pleure et ben je le cajole dans mes bras avant j’aurais dit que non c’est pas bien il va toujours réclamer les bras mais on fait comme on peut avec nos moyens moi ce sont mes bras qui le calment quand ça ne va pas alors oui je le prends et si ça l’apaise ça m’apaise aussi. Enfin bref tout ce long message pour dire que je suis plus que d’accord avec ton récit.
    PS : tu es une super maman à ce que je vois/lis

  3. Réponse de la maman que je suis devenue

    Comme toutes les mamans ou presque je suis passée par ce genre de période où la solution la plus envisageable est de sauter par la fenêtre avec ou sans enfants d’ailleurs. Comme tu le dis si bien la seule chose qui te retient de passer à l’acte c’est un un amour inconditionnel et la peur de faire la une des journaux à scandale 😀

    Ce que je lis c’est que tu es au bout du rouleau et que tu as 2 petits enfants qui profitent de cette situation.

    A l’époque pas si lointaine où j’ai cru devenir dingue à force de dormir 3 heures par nuit en 18 fois avec 2 enfants complètement décalés, je ne voyais pas le bout de cette histoire et les remarques des gens autour qui se bornent à dire que oui c’est dur 2 enfants et te laissent un sentiment d’être une nulle encore plus n’arrangent rien.
    Je me souviens en plus de la crèche où bien sûr les enfants sont adorables … Ah non madame, ici ils ne pleurent pas, non ils ne donnent pas de coups de pied dans le ventre quand on change la couche ! Vous imaginez avec le nombre d’enfants ça serait insupportable !
    Et pendant ce temps je courrais après mon fils pour lui mettre une écharpe … Des changements de comportements qui me rendaient dingue. Ils étaient super obéissants à la crèche et des démons à la maison

    Je me souviens de ma fille allongée en grenouille derrière la porte du couloir où elle dormait parce qu’elle n’avait pas voulu aller dans son lit … plus têtue que sa mère !
    Bref des exemples de situations à rendre dingue n’importe qui j’en ai des tonnes; je me souviens d’avoir vécu 10 mois en comptant en minutes de hurlement de ma fille .
    p
    Pipi 1 minute, douche 8 minutes … et avec la voisine du dessus qui me menaçait d’appeler la DDASS puisque visiblement je n’arrivais pas à m’occuper de mes enfants …
    Voilà le tableau, le papa surchargé de boulot était en déplacement du dimanche soir au samedi matin … Top

    Je n’ai aucune recette miracle, je me souviens d’avoir été voir la maison de l’enfance avec des psychologues qui m’avaient aidée à mettre tout le monde à sa place ( j’en demandais trop à ma fille ) de réengager le père …

    Ensuite un autre truc qui a marché à chaque fois c’est quand j’étais convaincue de ce que je demandais:
    tu as eu à manger, tu as les fesses propres, tu es en sécurité maintenant moi je vais finir mon assiette et je viendrai ensuite que ça te plaise ou non.
    Bastien a eu droit à un « non à la crèche tu ne mets aucun de coup de pied , ici c’est pareil ! Il est hors de question que je supporte un coup de pied de plus !
    Magique ! Mais cette fois là j’y croyais , auparavant je négociais, je demandais …
    Amandine dans la cuisine en Corse, j’étais tellement fatiguée que je saignais du nez pour rien. Elle a eu droit à un « ça suffit , tout va bien y’a papa, papi mamie, tonton tata … moi je sors prendre l’air  » 2 jours après elle me faisait coucou dans les bras de la voisine ce qui était impensable avant.

    Bref tout ça pour dire que tu n’es pas une mauvaise mère, et qu’il faut peut être juste un peu d’aide pour trouver les bonnes clés pour communiquer avec les enfants.

    Tu verras que les enfants ne font pas certaines choses juste parce qu’on est convaincue de ce qu’on leur dit, traverser la route, se détacher en voiture … ou des choses liées à la sécurité souvent. C’est non négociable .

    Les chaussures le matin, c’est non négociable on a pas le temps , manger tout seul c’est négociable tant pis pour le shampoing à la purée , tu veux pas du yaourt … tant pis pas de dessert , y’a rien à négocier.

    Et dis toi que dans 10 ans tu tiens ta revanche les ados ça fait la grasse mat 😉

    Courage en tout cas, n’hésite pas à demander de l’aide, parfois il faut juste changer 2 ou 3 trucs et ça roule tout seul mais ces petites bêtes là ce n’est pas livré avec un mode d’emploi … Souvent on galère et monter une armoire ikea tout seul c’est largement plus facile 🙂

    Bises
    Sandrine

    1. Merci Sandrine, merci de tout coeur pour ce partage d’expérience qui m’a fait monter les larmes aux yeux autant que sourire. Je n’ai pas publié cet article pour me sentir moins seule (quoique…) mais vos témoignages me réchauffent tellement le coeur… Constater que je ne suis pas « anormale » lorsque je pense à foncer dans un platane pour mettre un terme à tout ça définitivement me conforte dans l’idée que ce que je vis, des tas de mamans le vivent ou l’ont vécu aussi et que finalement… on survit à tout ça. Alors juste un grand MERCI !

  4. Alors tu me connais tu sais de quel côté je me situe ! Mais j’ai une question tu n’as pas peur de la réaction que pourrait avoir tes enfants quand ils auront l’âge de pourvoir lire des choses comme ça ?

    1. Franchement… absolument pas ! Avec d’autres mots que ceux de cet article (évidemment) je leur dis déjà tout. Tu me connais, « faire semblant » n’est pas mon fort et je refuse de leur donner l’image d’une « mère infaillible ». Si j’en suis là aujourd’hui c’est, en partie, parce que j’ai eu une de ces mères qui semble tout contrôler tout le temps. Aujourd’hui, je sais que c’était loin d’être le cas mais le mal est fait : j’ai grandi en pensant qu’une bonne mère était une mère infaillible et comme je ne le suis pas alors je ne serai jamais une bonne mère ! Je refuse que mes enfants et plus particulièrement ma fille grandisse avec cette représentation alors je préfère être transparente avec eux en leur montrant mes failles et mes faiblesses.

  5. Il faut toujours qu il y ai un moralisateur qui te fasse sentir coupable au milieu de tout ces commentaires positifs et plein de compassion …
    Monsieur Guisado avez vous des enfants ? Et si c est le cas vous en occupez vous du matin au soir changer les couches ,vomis,calmer les hurlements, les nuits … en plus de votre travail ,ménage, courses ….
    Au moin Marine est franche et dit la vérité ,ce qu elle ressent pas besoin de vos jugements on s en passera !

    1. Merci pour ton intervention Ana.
      Pour connaître personnellement Alain, je peux te dire que oui c’est un bon papa avec une patience admirable, même s’il ne gère pas autant de choses que la plupart d’entre nous : nos situations ne sont donc effectivement pas comparables.

  6. Voilà un témoignage fort, très fort qui peut déstabiliser certaines personnes mais qui se comprend tout à fait!

    Marine TU ES UNE BONNE MERE ce n’est même pas discutable ou sinon, tu n’aurais jamais écrit tout ceci.

    Le rôle de maman est un rôle très dur, ce n’est pas du théâtre car il te fait entrer dans la vraie vie, celle des nuits blanches, des petits bobos comme des gros et il faut faire avec mais ce n’est pas toujours facile.
    Quand tu dis que tu as eu une de ces mères qui semblait contrôler tout et tout le temps, c’était loin d’être le cas car être et paraître sont deux choses bien distinctes, les personnes qui semblent tout maitriser sont souvent les plus fragiles mais la vie ne fait pas de cadeaux et il faut avancer et surtout ne pas montrer de faiblesse( merci l’éducation).
    Cette mère que tu as eu n’a jamais voulu te montrer qu’elle était parfaite car la perfection n’existe pas, elle voulait juste faire du mieux qu’elle pouvait pour ses deux enfants qu’elle adorait et qu’elle adore encore pour l’éternité. Elle était peut être sur le mauvais chemin quelle croyait bon!

    C’est vrai que pour l’instant, c’est très dur, deux enfants en bas âges qui de plus ne dorment pas, c’est presque l’enfer mais sois positive regardes les sourire, t’enlacer, te faire de gros bisous et dis toi que c’est une mauvaise passe ( qui dure je sais et à 3 heures du mat, on n’est pas forcément dans cet état d’esprit!).

    L’épuisement j’ai vécu ça avec un enfant qui se réveillait 7 à 12 fois par nuit et le matin,, il fallait aller bosser mais aujourd’hui cette période est loin derrière, n’hésites pas à déléguer, les grands-parents sont là pour ça et pas seulement pour les bons moments!

    En attendant, tes enfants t’adorent, tu les adorent, ton mari vous adore et il est très présent, vous formez une belle famille mais j’entends cette fatigue et ce ras le bol totalement compréhensif, il n’y a pas de honte à lancer des appels au secours à la famille ou aux amis.

    Je trouve que tu as eu beaucoup de courage d’écrire tout ça et je t’en remercie, cette situation ne va pas durer car toi et ton mari vous allez trouver une solution mais tu es une bonne mère n’en doutes JAMAIS et l’amour que l’on peut voir dans tes yeux quand tu regardes tes enfants ne trompe pas.

    Je vous adore tous les 4 mille bisous

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