Lowan : mon bébé déclenché

Comment aurais-je pu reprendre du service sur le blog sans commencer par vous raconter mon accouchement ?

Je peux parfaitement concevoir que ce genre de confessions puissent paraître déplacées sur un blog dédié à la beauté. C’est vrai, après tout, un accouchement c’est intime. Par pudeur, je ne vous avais d’ailleurs pas raconté celui de ma Milla mais cette fois c’est différent : j’ai besoin de poser ces mots quelque part et la bienveillance dont vous avez toujours fait preuve à mon égard m’a encouragé à le faire ici, j’espère que vous n’y verrez rien de malsain.

Pourquoi j’ai été déclenchée ?

Ce qu’il faut savoir c’est que ma Milla est née après terme. Je m’attendais donc plus ou moins à ce que cette seconde grossesse se poursuive un peu après le terme même si j’espérais sincèrement accoucher avant. Ce ne fût pas le cas !

Jour du terme :, le monitoring a mis en évidence quelques contractions qui avaient commencé à dilater un peu le col mais rien de folichon (2 doigts sur 10). Ces contractions, je ne les sentais pas mais rien de surprenant : j’ai un taux de résistance à la douleur supérieur à la moyenne (pour ma Milla, lorsque j’ai commencé à ressentir les contractions, le travail avait commencé depuis plusieurs heures, je suis arrivée in-extremis à la maternité, dilatée à 9) ! On me renvoie donc à la maison. A ce moment là je suis pleine d’espoirs.

Monitoring
Monitoring le jour du terme

J+2 : le monitoring ne révèle aucune évolution. Pire : les contractions ont disparu ! Je déchante. Je demande alors un décollement des membranes avant de rentrer à la maison (c’est ce qui avait déclenché les contractions pour ma Milla). Ce n’est pas agréable mais la douleur ne me fait pas peur : je suis prête à tout pour éviter le déclenchement, je veux accoucher par moi-même !

J+4 : toujours rien ! Les contractions sont toujours aux abonnés absents et mon col n’a évidemment pas bougé. L’espoir d’accoucher par moi-même s’envole. J’ai échoué ! Bébé et moi-même nous portons bien mais par mesure de précaution, on me demande de revenir le lendemain, à 8h, pour un déclenchement par perfusion. J’accuse le coup en tentant de me persuader que finalement ce n’est pas plus mal. Le suspens allait enfin prendre fin ! Et puis, je craignais de choquer ma Milla si elle me voyait souffrir, ça ne sera pas le cas. Je craignais aussi d’accoucher dans la voiture, ça ne sera pas le cas non plus.

Mon déclenchement par perfusion

8h le lendemain : mon mari et moi passons la porte des urgences mère-enfant, puis la porte des salles d’accouchement ! Je reconnais les couloirs. 2 ans et demi plus tôt, je les parcourais en rampant tellement je souffrais mais au moins, à l’époque, je me sentais légitime… c’est loin d’être le cas cette fois ! Je fais bonne figure parce que je ne me sens pas non plus légitime pour me plaindre mais à l’intérieur je fulmine. Je suis en colère contre moi-même de ne pas avoir réussi à accoucher par moi-même, de ne pas avoir réussi à éviter ce déclenchement.

On nous installe dans la salle qui accueillera notre fils quelques heures plus tard. Elle est immense et super lumineuse. C’est une belle journée. Le soleil est au rendez-vous et sa lumière qui tape sur la vitre latérale me fait du bien. Malgré tout, je ne tiens pas en place. Je sais que bientôt, je serai immobilisée sur le lit qui trône au milieu de la pièce, branchée de tous les côtés. En attendant, je fais les cents pas pour tenter d’évacuer la pression.

8h30 : on me pose les électrodes destinées au monitoring ainsi que les cathéters.
Oui LES cathéters parce que la stagiaire loupe la pose du premier. Ma veine explose, pisse le sang, mon bras gonfle, me fait mal. Elle est contrainte d’appeler la sage-femme en chef pour me le poser sur l’autre bras.
Une compresse gorgée de Biseptine trône sur la tablette à côté de moi. La stagiaire est incapable de dire à la sage-femme ce qu’elle a mis dessus : elle ne sait plus !
Sur ces entrefaites, le monito cesse de fonctionner : plus de papier et la stagiaire ne sait pas en remettre !
On décide de rire de tout ça mais je ne suis pas forcément rassurée pour la suite. Heureusement, tout se passera mieux ensuite.

9h : on commence à m’injecter l’ocytocine sensée déclencher les contractions. La suite ne devrait pas être longue étant donné la rapidité à laquelle j’ai accouché de ma Milla. Du moins, c’est ce que l’on me dit.

Déclenchement accouchement
Mon déclenchement par perfusion d’ocytocine

10h : ça marche ! Les contractions sont enfin là. De belles contractions que je ne sens toujours pas mais bien régulières. Le hic c’est qu’elles n’ont aucun effet sur le col ! La sage-femme décide alors de doubler la dose d’ocytocine.

11h : aucune évolution. On décide alors de me poser la péridurale bien que je ne ressente toujours aucune douleur pour me percer la poche des eaux « tranquillement » avant midi.

11h30 : on me pose la péridurale. Je suis écœurée par la tournure que prennent les événements. Pour moi, accoucher doit se faire dans la douleur parce que donner la vie ça se mérite ! Je ne souffrirai pas !

12h : on me perce la poche des eaux. J’essaye d’imaginer ce que peut vivre mon bébé à ce moment là. Lui qui « flottait » tranquillement dans son liquide amniotique se retrouve, d’un instant à l’autre, sans avoir rien demandé à personne, dans une poche vide qui doit lui coller à la peau ! Je culpabilise. Ce bébé ne voulait pas sortir par lui-même, peut-être qu’il n’était tout simplement pas prêt après tout… peut-être que nous aurions dû demander à attendre quelques jours de plus… peut-être que j’aurais dû refuser ce déclenchement pour laisser faire dame nature… Je suis tout simplement écœurée, au sens propre comme au figuré.

12h30 : le boîtier de la péridurale m’injecte une nouvelle dose d’anesthésiant. Je comprends alors très vite que c’est elle qui m’écœure. J’ai envie de vomir, la tête qui tourne, une irrépressible envie de dormir. Je hais cet état comateux dans lequel elle me plonge mais une fois de plus je prends sur moi : la péridurale était nécessaire… paraît-il !

14h : enfin on revient m’ausculter ! Les roues de mon lit médicalisé baignent dans le liquide amniotique de mon bébé. La poche des eaux a terminé de se vider à même le sol.

A ce moment là, je me dis que même si je ne ressens toujours aucune contraction, mon col a forcément dû se modifier, d’autant plus que cela fait 3h que personne n’est venu m’ausculter. Quasiment pas ! Depuis 9h ce matin, je suis passée de 2 à 3 doigts. La déception est immense. Une larme m’échappe. Je suis tellement désespérée que je me surprends à demander naïvement à la stagiaire si c’est possible que l’on ne réussisse pas à déclencher un accouchement. Ma question aura au moins eu le mérite de faire sourire tout le monde… sauf moi ! À ce moment là, elle me paraissait légitime mais personne n’a semblé me prendre au sérieux.

La sage-femme décide malgré tout d’ajouter du Spasfon à ma perfusion parce que, je cite : « Parfois ça fonctionne pour dilater le col mais il ne faut pas espérer de miracle ! ». Du Spasfon… cette fois c’est à moi de sourire !

J’en profite pour demander si c’est vraiment la dose minimum que m’injecte le boîtier de la péridurale toutes les heures parce que je ne ressens toujours aucune contraction et que les injections me rendent malades. On me répond que oui, que l’on ne peut pas suspendre les injections jusqu’à l’accouchement et que je vais donc devoir faire avec. Ok mais jusqu’à quand au juste ?

15h : après une nouvelle oscultation, la stagiaire nous informe que je n’ai plus de col. Première question qui germe dans mon esprit : il est passé où ? Heureusement, je ne formule pas exactement ma question comme ça. La stagiaire reformule en me disant que mon col est totalement effacé, dilaté à 10/10 et que je vais accoucher dans les 2 prochaines heures. Je suis tellement surprise que je lui balance un : « Sérieux ? » !

Contre toute attente, le miracle a bel et bien eu lieu ! A ce moment là, je suis fière de moi… Ce sera la seule et unique fois de la journée ! J’avais commencé à sentir quelques contractions légèrement douloureuses 30 minutes plus tôt mais j’étais loin de me douter qu’elles étaient si efficaces sur la dilatation du col. J’allais accoucher… enfin ! Je n’y croyais plus !

En quelques secondes je passe du désespoir à l’euphorie… jusqu’à ce que la péridurale m’assomme à nouveau !

16h : malgré l’effacement du col, bébé ne descend pas. À ce moment là je m’en fous un peu : je vais accoucher !

On m’installe alors dans une position super inconfortable pour tenter de le faire descendre. J’ai le bassin dans le vide et la sensation que je peux tomber du lit à tout moment mais ça aussi je m’en fous.

Les contractions sont toujours légèrement douloureuses mais elles m’apportent tellement de baume au cœur… Enfin je souffre ! Pas autant que ce que j’aurais souhaité mais sur le moment je m’en contente. De toute façon, les contractions étant à leur maximum, je sais que je ne souffrirai pas plus.

La naissance par ventouse

17h : pendant que toute l’équipe s’installe, on m’ausculte à nouveau. La stagiaire doute : bébé est-il vraiment bien positionné ? La sage-femme m’ausculte à son tour et confirme ses doutes mais elle décide quand même de me faire pousser pour voir ce que ça donne. A chaque contraction, je pousse, pousse et repousse de toutes mes forces. Je veux sortir cet enfant seule ! Je n’ai pas eu l’occasion de le faire pour ma Milla parce que son rythme cardiaque trop fluctuant a nécessité l’utilisation de spatules alors j’ai une revanche à prendre, quelque chose à me prouver à moi-même. Je sens mes yeux sortir de leurs orbites tellement je pousse mais rien d’autre. On me dit que bébé descend doucement mais je ne le sens pas bouger.

17h35 : l’interne que j’avais rencontré dans le cadre de mon rendez-vous du 9eme mois mais que je n’avais pas vu de la journée débarque de nul part, entre dans la salle d’accouchement et prend les choses en main. Ni une ni deux, elle demande une échographie pour voir comment bébé se positionne exactement. Ne sachant pas très bien ce que ça implique, je panique. L’échographie révèle que bébé regarde en l’air au lieu de regarder par terre et que c’est pour cette raison qu’il descend très doucement. Elle m’explique qu’elle va sûrement devoir « m’aider » si je ne réussis pas à pousser plus afin d’éviter que bébé ne s’épuise davantage. Pour la première fois de la journée, Papa panique à son tour ! Il demande aussitôt ce qu’elle entend par « m’aider ». Il craint une césarienne mais elle le rassure aussitôt en lui expliquant que la ventouse devrait suffire.

Echographie accouchement
Echographie pendant l’accouchement

Pour moi, ç’en est trop, je m’effondre en larmes. Jusqu’au bout j’aurais échoué à sortir cet enfant… Mes espoirs de donner la vie seule, sans aide, au moins une fois, s’envolent.

Je pousse donc une dernière fois, en pleurs, mais rien n’y fait. La ventouse est donc posée. 2 contractions plus tard (la ventouse a lâché à la première), à 17h51, mon fils pousse son premier cri… enfin !

Mon Lowan déclenchement
Mon Lowan : enfin parmi nous !

L’après déclenchement

Évidemment, les minutes qui suivirent furent des minutes de pur bonheur. Un bonheur d’une intensité que l’on ne peut pas soupçonner avant de devenir parent. Un bonheur capable de vous faire oublier en quelques secondes 9 mois de galère et des heures de souffrance atroce.

Cette souffrance atroce, il m’aura fallut attendre le lendemain et les contractions post partum pour que je la ressente mais bébé était déjà là. Je n’ai donc pas le sentiment d’avoir souffert dans le cadre de cet accouchement et, aussi étrange que cela puisse paraître, ça me manque pour me sentir légitime dans mon rôle de maman.

Ce qui me manque également c’est d’avoir accouché par moi-même. Je n’ai pas accouché, on m’a accouchée !

Je n’en veux absolument pas à l’équipe soignante qui m’a suivie ce jour-là. J’ai choisi d’accoucher dans une maternité de niveau 3 justement pour être bien encadrée et je l’ai été du début à la fin. J’ai choisi de leur accorder ma confiance et je ne le regrette absolument pas. Chaque décision prise l’a été dans mon intérêt et celui de mon bébé et j’ai appuyé chacune d’elles mais on a tout fait à la place de mon corps, à MA place : on m’a déclenchée, on m’a percée la poche des eaux, on m’a accouchée… Mon corps n’a pas été foutu de donner vie à cet enfant seule, JE n’ai pas été foutue de donner vie à cet enfant seule ! Dans ces conditions comment pourrais-je me sentir légitime dans mon rôle de maman ?

A l’heure actuelle, la seule chose qui me le permet c’est l’allaitement. Mon corps nourrit cet enfant, JE nourrit cet enfant parce que malgré mon sentiment d’avoir été dépossédée de sa naissance, JE suis sa maman.

Lowan déclenchement
Moi, maman de bébé déclenché

Aujourd’hui, Lowan a 7 semaines et il est en pleine forme ! En ce qui me concerne, physiquement, je me suis remise très rapidement. Psychologiquement, c’est autre chose…

J’imagine que des tas de mamans échangeraient bien volontiers leur accouchement contre le mien et que des tas de futures mamans aimeraient un accouchement comme le mien. Moi je l’ai mal vécu. Je ne demande à personne de comprendre, encore moins de compatir. Nous sommes toutes très différentes, nos accouchements sont tous très différents et la façon dont nous les vivons l’est encore davantage !

Si vous êtes sur le point d’être déclenchée, gardez, s’il vous plait, à l’esprit que mon expérience est unique et mon vécu très subjectif. Vous êtes sur le point d’accomplir un miracle, le miracle de la vie et face à ça, les circonstances importent peu finalement !



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